• Au Moyen-âge, le château Cantemerle faisait partie de la ligne de fortifications qui défendaient les rives du Médoc, à environ un kilomètre du château actuel.

    Le plus vieux manuscrit connu qui atteste de l'existence des Seigneurs de Cantemerle date de 1147. Il s'agit du fameux « Grand Cartulaire » de l'Abbaye de la Sauve Majeure. Ce manuscrit servait à consigner toutes transactions effectuées par la communauté monastique. En 1147, cette abbaye reçoit plusieurs terres en donation de la part du Sire Arnaud de Blanquefort, à la veille de son départ en croisade. Cette donation se fait en la présence de Pons de Cantemerle. Ce dernier a-t-il suivi Arnaud de Blanquefort en pèlerinage à Jérusalem ? Nul ne le sait ! S'il est parti, il est en tout cas revenu puisqu'un document daté de 1151 mentionne sa présence, comme témoin - une fois encore - d'une donation pieuse. Celle du vicaire de Bordeaux, le Seigneur de l'Isle à l'Abbaye de Sainte Croix.

    Un siècle plus tard, l'Aquitaine devenue anglaise, on retrouve un Seigneur de Cantemerle, guerroyant au côté du roi Henri III d'Angleterre. Ce dernier lui a adressé en 1242 une lettre circulaire pour le rejoindre en Saintonge, à la bataille de Taillebourg qu'il perdit contre Saint Louis.

    Heureusement il conserva son fief et un de ses descendants Ponset de Cantemerle en est toujours le Seigneur en 1340.

    Les premières traces de production viticole sur le domaine ont été trouvées dès 1354 : le Seigneur de Cantemerle payait la dîme avec un tonneau de clairet !

    La Seigneurie de Cantemerle passa ensuite dans la maison de Caupène, originaire des Landes, on ignore par quelle voie ; on sait seulement que suivant un titre du premier février 1422, Jean de Caupène, Donset ou Damoiseau, est qualifié Seigneur de Cantemerle et que son fils, Médard de Caupène, fut Seigneur à son tour jusqu'à la fin du XVème siècle.

    L'armorial de Bordeaux nous apprend, qu'à cette époque, une alliance lia les familles de Caupène et de La Rocque. En effet, Jeanne de Caupène épousa Henry de la Rocque. Leur fils, Charles de la Roque, Ecuyer, en devint le Seigneur en 1510, suivant un titre du 26 janvier de cette même année.

    Jean de la Roque, Ecuyer, Seigneur du Gua, l'était aussi de Cantemerle, ainsi qu'il est justifié par un titre du 15 mai 1536. D'après les Archives Historiques de la Gironde, en 1540, « Jehan de la Rocque, (…), tient la maison noble de Cantemerle, juridiction de Blanquefort et à cause d'icelle à soixante francs bordelois de rente en deniers, envyron cinq ou six barriques de vin d'agrière et quelques poulailhes… ». L'agrière est un prélèvement proportionnel à la récolte et est versé en nature.

    En 1575, on ne recueillit que trois tonneaux de vin, soit 12 barriques sur le plantier de Cantemerle. En effet, le Médoc de cette époque était plus une terre céréalière que viticole !

    Le 20 août 1579, Jean de Villeneuve, second président du Parlement de Bordeaux achète les maisons nobles de Cantemerle, la Raze et Nestérieu et toutes leurs dépendances pour 12500 livres, soit "4166 écus et deux tiers d'écu"

  • Jean de Villeneuve, Seigneur en Pays Toulousain, en Agenais, de Cantemerle, Macau, Ludon-Dehors et autres places en Guyenne, épousa Antoinette de Durfort, de la maison de Duras et de Blanquefort. C'est par cette alliance que, depuis l'an 1600, les Villeneuve de Cantemerle se sont appelés Villeneuve de Durfort.

    Ce changement de propriétaire fit apparaître un nouveau type d'exploitation qui commençait à se développer dans le Médoc : le Bourdieu. Le Bourdieu désigne une exploitation agricole où la vigne occupe toujours une place prédominante. C'est au XVIème siècle que l'exploitation de la vigne devient l'activité principale du domaine de Cantemerle . Il ne fut plus soumis à une gestion seigneuriale médiévale qui lui imposait cens et agrières mais géré par le propriétaire au moyen d'un bail à métayage. Ce type de bail assure un revenu majoré (la moitié de la récolte) et la durée relativement courte du bail (3 à 5 ans) laisse au bailleur la possibilité de mieux contrôler la gestion de sa propriété.

    Au XVlIème siècle, la juridiction de Cantemerle s'étendait sur un grand nombre de maisons nobles et notamment sur celles de Gironville, Maucamp et de Sauves.

    En 1643, Sauves était habité par Hector de Villeneuve, frère de Louis alors Seigneur de Cantemerle. C'est à Sauves, l'actuel château aujourd'hui rebaptisé Cantemerle, que le Seigneur faisait porter sa vendange.

    Les Archives Ecclésiastiques de la Gironde nous apprennent qu'en 1654, Louis de Villeneuve, Seigneur de Cantemerle, encouru l'excommunication "pour avoir commis grand scandale dans l'église de Macau et troublé le service divin". Il avait enlevé la soeur de Pierre de Lacornière, Seigneur de Gironville et l'avait battu dans l'église…

    Pierre de Villeneuve, époux de Marie-Anne de Loupes, était Seigneur de Macau et CoSeigneur de Cantemerle en 1698. En 1713, il eut des démêlés violents avec le vicaire perpétuel de la paroisse de Macau. Il mourut en 1742.

    Son fils, Joseph-Emmanuel de Villeneuve de Durfort, participa, en 1789, à l'assemblée de la noblesse et fut le dernier Baron de Macau. Après la déconstruction du château Cantemerle durant la révolution, le château de Sauves (l'actuel château Cantemerle) devint la résidence principale des Villeneuve de Durfort.

    Le 13 décembre 1834, Jean de Villeneuve-Durfort décède, léguant Cantemerle à son fils, Pierre Jules. Le nouveau baron de Villeneuve n'a pas encore atteint sa majorité, la responsabilité du domaine échoit donc à sa mère, née Caroline Joséphine Françoise Joseph de Lalande.

    Neuf ans après être entré en possession de Cantemerle, Pierre Jules de Villeneuve-Durfort meurt soudainement en août 1844. A 29 ans, il décède intestat. La propriété revient à sa mère et à sa soeur, Jeanne Armande, Baronne d'Abbadie. Bien qu'elle soit légalement copropriétaire de Cantemerle, sa participation aux affaires n'est que de pure forme. Encore une fois Caroline de Villeneuve-Durfort conduit seule la destinée de Cantemerle.

    En 1845, Pierre Chadeuil, nouveau propriétaire de Pibran, un vignoble voisin, s'est mis à étiqueter ses vins "Chadeuil Cantemerle Château Pibran". Il prétend que le nom de "Cantemerle" est associé depuis longtemps non seulement au domaine privé de la famille Villeneuve , mais également à tout le pays qui l'en­toure, il est donc justifié qu'il incorpore "Cantemerle" dans le nom de son vin. Naturellement, le fait que cela puisse engendrer une confusion avec un vin dont la qualité lui permette de vendre à des prix bien au dessus de la majorité des autres crus de la commune n'est pour lui que pure coïncidence. Mme. Villeneuve-Durfort ne l'entend pas ainsi. Produisant des documents qui remontent aux années 1570, époque où la famille Villeneuve a acquis la pro­priété, elle prouve l'absence de fondement dans les propos de Chadeuil. Toute mention de Cantemerle est rayée des étiquettes de Chadeuil et Pierre Chadeuil est condamné à verser des dommages et intérêts aux propriétaires du château Cantemerle.

    En 1852, Fleuret-Jean-Baptiste, Comte de Lavergne, fut pionnier dans la lutte contre l'oïdium : les premiers essais de soufrage de la vigne ont été réalisés au château Cantemerle. Il fut récompensé de son zèle par plusieurs médailles et par un prix de l'académie de Bordeaux.

    Le 19 septembre 1855, la chambre de commerce classa le château Cantemerle 5ème cru. L'histoire du classement de 1855 est développée dans la partie suivante.

    A. d'Armailhacq nous précise dans son ouvrage Vignes dans le Médoc qu'en 1858, le plantier de Cantemerle comptait 91 hectares une partie des vignes était située dans Ludon et joignaient celles de la Lagune, les autres occupaient les plus belles hauteurs de Macau. La production annuelle était de 160 tonneaux de premier vin et 30 tonneaux de second vin. Soit un rendement par hectare d'environ 19 hectolitres, relativement faible par rapport à la productivité actuelle.

    En 1866, la partie de la propriété consacrée à la vigne était d'un seul tenant de 110 hectares (sur les 400 que comptait le domaine) qui produisaient en moyenne 150 à 160 tonneaux de premier vin et 50 à 60 de second vin. Soit un rendement de 18 hl/ha légèrement inférieur à celui de 1858.

    En 1867, le Château Cantemerle reçoit une médaille d'argent à l'exposition universelle de 1867 pour récompenser l'excellence de son vin.

    Cantemerle fut le cru classé du Médoc le plus touché par la crise phylloxérique couplée de l'invasion du mildiou dans la période allant de 1879 à 1887. Il perdit près de 50% de son potentiel de production annuel moyen (par rapport à la période de référence 1864 à 1878).

    En 1884, le mildiou fut responsable d'un bouleversement de la hiérarchie habituelle des grands crus. Les Margaux, Cantenac, Ludon et Macau furent mieux réussis que les Saint-Julien Pauillac et Saint-Estèphe. Ainsi, le prix du Lafite 1884 chuta à 1400 francs le tonneau (par rapport à 5000 f pour le Margaux) et Cantemerle fut un des deux 5ème crus, avec Dauzac, à coter 200 francs de plus, par tonneau, que les Lafite.

    En 1892, les héritiers de la Baronne d'Abbadie vendirent Cantemerle à la famille Dubos, mettant ainsi fin à plus de trois siècles de "règne" des Villeneuve de Durfort.

  • Théophile-Jean Dubos, époux de Charlotte Delbos, repris en 1892 le domaine, avec l'aide de ses deux fils Pierre et Bernard. Théophile Dubos était à la fois propriétaire viticulteur de Cantemerle, vice-président du Syndicat des crus classés du Médoc et négociant de la maison Dubos Frères vendue en 1914.

    A la mort de Théophile, en 1905, Pierre et Bernard Dubos furent copropriétaires de Cantemerle jusqu'en 1923, où Pierre devint seul propriétaire.

    Durant la guerre et les années de crise 1930-1940, de nombreuses parcelles de vigne furent arrachées à Cantemerle, ainsi, à partir de 1945, on n'y cultive plus qu'environ 25 hectares qui ont été maintenus jusqu'en 1981.

    A la mort de Pierre Dubos, en 1962, son petit fils Bertrand Clauzel devint le seul gérant et le resta jusqu'à la vente du domaine en 1981 aux Mutuelles d'Assurance du Bâtiment et des Travaux Publics.

  • Dans les années 70, les mutuelles du Groupe SMABTP investissent surtout dans l’immobilier et elles souhaitent diversifier leurs placements.

    En 1976, le Château Margaux se présente mais le montant de l’investissement est trop élevé par rapport aux autres placements du Groupe.

    L’idée d’investir dans un vignoble « Classé en 1855 » reste et séduit Albert Parment, nouveau Directeur Général du Groupe, qui prend ses fonctions en 1980. Accompagné de Jean Cordier, propriétaire de 7 châteaux dans le Bordelais, il visite plusieurs domaines et son choix se porte sur Cantemerle.

    Pourquoi ?

    • Cantemerle est sous exploité : 20 ha sont plantés sur un terroir historique de 70 ha
    • Le charme du château et du parc, l’un des plus beaux du Bordelais
    • Il appartient à l’élite des crus classés en 1855
    • La qualité du vin semble pouvoir être améliorée
    • Le montant de l’investissement est raisonnable et il correspond aux ratios de placements du Groupe

    C’est ainsi qu’en décembre 1980, le Groupe SMABTP est le premier assureur à acquérir un vignoble en bordelais. Depuis cette période, de nombreuses compagnies d’assurance ont également choisi d’investir dans la vigne et leur patrimoine viticole s’étend sur plusieurs milliers d’hectares dans le monde.

    1981- 1990 : La "reconstruction"

    C’est une propriété en péril qui est reprise en cette fin d’époque difficile. Certes belle et vaste, mais totalement épuisée. Seuls vingt hectares regroupés autour du château sont exploités en vignes. Les bâtiments d’exploitation et les lieux d’habitation ont été maintenus avec peine jusqu’à la vente…

    La rénovation des installations techniques et la replantation du vignoble se fait avec l’aide des Ets Cordier à qui les Mutuelles confient la direction opérationnelle du projet. Celle-ci se déroulera par étapes successives et dans le respect des priorités du métier d’exploitant viticole.

    D’abord le vignoble, moteur de l’exploitation. 35 hectares de terres en repos depuis près de cinquante ans sont plantés en l’espace de deux ans. Le choix de la densité de plantation est de tradition médocaine (8 à 10 000 pieds/hectares). Un chantier titanesque à l’échelle locale ! En 1987 le vignoble s’étend sur 60 hectares.

    Dans le même temps, les chais sont entièrement rénovés de manière à vinifier les récoltes futures dans des conditions optimales de propreté. Une cuverie moderne de 2 200 hl en inox est installée et le parc à barriques est reconstitué en prévision d’un renouvellement annuel par tiers. A cette époque, c’est l’hygiène des vins qui prévaut. Cependant, en mémoire du passé, six petites cuves en chêne de 100hl sont réassemblées à partir des meilleures douelles de l’ancienne cuverie… Un détail important qui aura un effet inattendu lors de l’agrandissement du cuvier en 1990.

    En effet, l’équipe technique du château, qui manque cruellement de place pour vinifier la production généreuse des nouvelles plantations, doit se résoudre à utiliser les petites cuves bois du « souvenir ». L’action se répète et il est constamment noté une meilleure qualité gustative des vins vinifiés dans le bois. C’est donc ce matériau qui sera choisi pour le nouveau cuvier de 3 200 hl livré en 1990. Cantemerle est probablement à ce titre la première propriété bordelaise qui retourne volontairement à la vinification traditionnelle en cuve bois !

    A la fin de la décennie, un dernier coup de pouce de l’investisseur permet d’achever la rénovation du château en prévision de l’activité de réception qui accompagnera la promotion de la marque auprès de ses clients.

    1991- 2000 : "L’autonomie d’exploitation"

    Après dix années d’investissements intensifs, la propriété marque une pose et réfléchit à son avenir sur le marché des Grands Crus de Bordeaux. La réflexion sera menée dans une conjoncture économique désastreuse de 1991 à 1995. La gestion technique du domaine et la commercialisation des vins est alors toujours sous contrat avec les Ets Cordier qui gèrent les stocks depuis leurs entrepôts après la mise en bouteille des vins au château. En 1993, les changements profonds qui s’opèrent au sein des grandes structures du négoce bordelais conduisent les propriétaires de Cantemerle à reprendre le contrôle opérationnel du domaine. L'autonomie passe en premier lieu par la constitution d'une équipe agissant au plan local.

    C'est cette même équipe qui pilote Cantemerle aujourd'hui. La construction de chais de stockage et l'aménagement d'une partie des bâtiments en lieu de conditionnement et d'expédition sont mis en œuvre. Au cours des deux années qui suivent, les liens commerciaux exclusifs qui unissaient la propriété aux Ets Cordier depuis l’acquisition du domaine sont remis en question. Les stocks se sont accumulés dans les chais du négociant et l’horizon commercial de la propriété est bouché. D’un commun accord, il est décidé de rendre sa liberté à Cantemerle qui adressera désormais ses offres au commerce de la place de Bordeaux.

    La première mise en marché « ouverte » des vins de Cantemerle a lieu en mai 1996 lors de la campagne primeur de la récolte 1995. Ce millésime qui accompagne la reprise d’activité du marché, favorise l'implantation du cru sur la place. Environ 70 % du volume de Grand Vin de Cantemerle sont réservés en primeur par 55 négociants. Les campagnes qui suivent confirment le statut de cru de place de la propriété. Dans le même temps, le Château crée sa seconde marque « Les Allées de Cantemerle » qui passe également par le négoce bordelais.

    Au vignoble, Cantemerle révise l’équilibre des cépages qui avaient été choisis lors de la replantation massive des terres au début des années quatre vingt. En effet, celui-ci souffre d’une trop grande présence du Cabernet Franc qui représente 23% de sa superficie viticole. La combinaison terroir & cépage ne fonctionne pas bien et bride le potentiel qualitatif de la production. Il est alors décidé de pratiquer une campagne de surgreffage visant à réduire la part du Cabernet Franc dans le vignoble sans perdre pour autant le bénéfice de l’enracinement du Porte-greffe. Le Cabernet Sauvignon et le Petit Verdot seront choisis et la technique américaine du greffage de bourgeons (chipbud) sera utilisée pour son taux élevé de réussite (90% de reprise contre 60% avec la technique française). A l’issue de cette campagne, la part du Cabernet Franc sur le plantier de Cantemerle sera ramenée à 6%.

    Au chai, c’est le contrôle des températures qui prime avec la mise en place d’un système de thermorégulation de la cuverie et la climatisation des chais à barriques.

    En 1999, une formidable opportunité se présente avec la mise en vente d’un tènement de vignes de vingt hectares situés sur la commune de Ludon, exactement entre les grands blocs viticoles de Cantemerle et La Lagune. Cantemerle se positionne, achète l’ensemble et lance un programme de restructuration du vignoble sur dix ans. Si le terroir est superbe, le choix des porte-greffes et la densité de plantation ne correspondent pas aux critères qualitatifs de Cantemerle. La cuverie nécessaire pour accueillir la nouvelle production se fera en béton lissé et les chais à barriques de la propriété seront agrandis.

    A cet instant précis de son histoire, Cantemerle occupe à nouveau l’espace viticole qui était le sien lors du classement de 1855, soit 90 hectares de vignes en production.

    2001- 2010 : "Une autre approche du vignoble"

    L’entrée dans le troisième millénaire sera marquée par une inversion de tendance. Après deux décennies vouées aux progrès œnologiques, la vigne revient sur le devant de la scène. L’expérience libournaise en la matière montre le chemin, mais elle est adaptée à la relative petite taille des exploitations de la rive droite et elle rencontre une certaine résistance dans les grandes unités viticoles médocaines et leur haute densité de pieds de vignes à l’hectare. Les coûts de main d’œuvre promettent d’exploser et l’équilibre des comptes d’exploitation peuvent en souffrir. En outre, les techniques « en vert » qui fonctionnent à merveille avec le Merlot, cépage relativement malléable dès sa prime jeunesse, n’offrent pas les mêmes garanties de réussite avec le Cabernet Sauvignon, une variété au long cours qui exprime toute sa valeur en fonction de la profondeur de son enracinement et de la structure du sol qui l’accueille.

    En Médoc, l’équation Cabernet Sauvignon - Expression qualitative est de résolution complexe et elle nécessite une gestion plus fine du sol que de la plante elle-même.

    En fait, cette réflexion générale tombe à point nommé à Cantemerle dont le vignoble arrive à pleine maturité. Les plantations massives de la relance ont vingt ans d’âge et, hormis l’épisode du surgreffage du Cabernet Franc, la majorité des choix qui ont été fait à l’origine ont été les bons. Il convient essentiellement de redéfinir l’approche agronomique de la propriété. L’année 2004 marque la rupture avec le passé. Au cours de l’hiver 2003-2004 l’équipe du château rentre dans une profonde réflexion. Des équilibres minéraux et biologiques à la granulométrie des sols en passant par l’hydrologie des grandes zones du domaine, un long travail d’analyse débute. Le premier objectif est de rompre avec la méthode globale de gestion du vignoble qui était appliquée auparavant. Le parcellaire s’organisera désormais en une multitude de «projets qualitatifs» indépendants.

    Au cours de la même année, la réception de la vendange est entièrement repensée de manière à intégrer un poste de tri des baies entre l’égrappage et le foulage du raisin. L’objectif est d’extraire un maximum de débris végétaux produits lors de l’égrappage. Le principal problème réside dans le volume de traitement horaire de la vendange. En effet, la taille du domaine (90 hectares) et les contraintes de temps lié au ramassage à maturité de chaque cépage, fixent le rendement minimum d’encuvage à 8 tonnes/heure. Or tous les systèmes proposés par l’ingénierie viticole à cette époque plafonnent à 2 tonnes/heures ! Dans ces conditions, le tri intégral des baies d’une récolte est irréalisable pour une propriété de la taille de Cantemerle. La philosophie de l’équipe n’étant pas de faire croire, mais simplement de faire, le projet est suspendu. La solution se présentera de manière fortuite au cours du printemps 2004. Une société allemande travaille depuis quelques années sur un projet d’égrappoir de nouvelle génération théoriquement capable de répondre aux exigences de rendement de Cantemerle avec une très faible production de débris végétaux. La dite société dispose d’un prototype unique et souhaite vérifier ses performances sur le terrain. La description du matériel est rassurante car l’égrappoir en question ne ressemble à rien d’autre qu’à un appareil classique. La décision est prise de faire l’essai à Cantemerle en gardant l’ancien équipement à proximité en cas de problème. Le résultat est d’autant plus probant que toute la récolte 2004 passe par ce nouvel appareil avant de bénéficier d’un tri automatique des baies lui-même assorti d’une finition manuelle. Cet ajout de précision à la chaine de qualité apportera une meilleure définition aux vins de Cantemerle.

    Il est des étapes déterminantes dans la vie d’un cru. La conjonction du vieillissement du vignoble et de l’évolution de sa gestion marque probablement un tournant majeur dans l’histoire de Cantemerle. Aujourd’hui, la propriété est plus que jamais dans la compétition sportive à laquelle se livrent les Grands Cru Classés du Médoc en faveur de la qualité. Son rang dépendra toujours des qualités intrinsèques de son terroir et de leur perception par l’amateur au travers des vins qu’elle fait naitre chaque année. La volonté de toujours mieux faire des humains qui l’accompagnent chaque jour et à tous les niveaux reste quant à elle très forte en cette fin de décennie.

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Château Cantemerle
1 chemin de Guittot
33460 Macau en Médoc FRANCE
Tel. : 05 57 97 02 82
Fax. : 05 57 97 02 84

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