
NOS ORIGINES :
Aux origines médiévales
Né au cœur du Moyen Âge, Cantemerle était tout d’abord une maison forte bâtie sur une motte entourée de larges fossés d’eau. Stratégiquement placé, il contrôlait les voies commerciales reliant Macau à la Garonne et servait de point de défense et de péage.
Dès le XIIIe siècle, ses seigneurs apparaissent dans les textes féodaux témoignant de l’ancienneté et de l’importance de cette seigneurie.


De la maison noble au domaine viticole
Au XVIe siècle, la seigneurie change plusieurs fois de mains avant d’être rachetée en 1579 par Jehan de Villeneuve, président au Parlement de Bordeaux. C’est le début d’une longue lignée familiale qui va profondément marquer Cantemerle. Dès lors, le domaine s’affirme comme une véritable maison noble et un lieu de production viticole reconnu.
1579~1892 : Les Villeneuve-Durfort,
héritiers et bâtisseurs du vignoble
Avec l’alliance de Jean de Villeneuve et d’Antoinette de Durfort, Cantemerle entre dans une nouvelle ère. La famille, désormais « Villeneuve-Durfort », fait de la vigne l’activité principale du domaine rompant avec sa gestion féodale. Ainsi est adopté le modèle du Bourdieu : une unité d’exploitation constituée de bâtiments résidentiels et agricoles, fondée sur une polyculture à dominante viticole.
C’est au XVIIe siècle que le château prend son visage actuel : le cœur du domaine se déplace vers Sauves, territoire de l’actuel Château Cantemerle. La demeure de Sauves devient la résidence seigneuriale accueillant les vendanges et la vie du domaine. Les Villeneuve-Durfort, figures puissantes du Médoc, marquent le territoire autant par leurs alliances que par leurs querelles, parfois éclatantes, jusque dans les églises de Macau.
La Révolution emporte l’ancien château médiéval mais le vignoble continue de s’affirmer.
L’essor au XIXEME siècle :
l’œuvre de Caroline
de Villeneuve
Le véritable âge d’or de Cantemerle s’ouvre avec la baronne Caroline de Villeneuve. Veuve en 1834, elle prend les rênes du domaine avec énergie et modernise profondément le château, son parc et les installations vinicoles. Visionnaire, elle impose Cantemerle dans le prestigieux classement de 1855 des Grands Crus du Médoc. Cette reconnaissance consacre le domaine parmi l’élite bordelaise !

1855
Lorsque Château Cantemerle
rentre dans l’histoire
Nous sommes en 1855. Napoléon III, nouvellement arrivé au pouvoir, veut impressionner le monde et décide d’organiser à Paris une exposition universelle, vaste vitrine de la grandeur de la France où s’exposent l’industrie, les arts… et bien sûr les vins de Bordeaux, joyau du patrimoine français.
La Chambre de commerce de Bordeaux a pour mission de présenter les crus de la région. Elle s’adresse alors à la Chambre syndicale des courtiers, figures incontournables du négoce, pour établir une hiérarchie claire des meilleurs vins. Leur méthode est rigoureuse : s’appuyer sur près d’un siècle de prix de vente consignés dans leurs archives. De ce travail naît un classement qui consacre 68 crus rouges et 21 crus blancs répartis selon cinq et trois rangs distincts.
Le 18 avril 1855, la liste est rendue publique. On y lit, en première ligne les noms les plus prestigieux tels que Lafite Rothschild, Latour, Margaux…
Château Cantemerle, pourtant digne de siéger parmi ses pairs, n’y figure pas. Une omission qui ne tient pas à la qualité du vin mais à une particularité commerciale : depuis des générations, le domaine exportait directement ses barriques vers la Hollande sans passer par la place de Bordeaux. Ainsi, ses prix de vente apparaissaient rarement dans les registres des courtiers, d’où cette omission.
En 1854, Caroline de Villeneuve-Durfort décide de donner une nouvelle visibilité à son domaine et le fait entrer dans le circuit commercial traditionnel bordelais. Ce choix allait s’avérer décisif.
Lorsque paraît le classement de 1855 et que Cantemerle n’y figure pas, Caroline ne se résigne pas. Elle rassemble alors minutieusement toutes les preuves de la valeur de son cru : prix anciens, archives, témoignages. Son dossier, clair et étayé, vient compléter ce que les registres des courtiers ne détaillaient pas.
C’est ainsi que le 16 septembre 1855, alors que l’Exposition universelle bat son plein, Château Cantemerle est officiellement ajouté à la liste des cinquièmes crus classés !

1866~1981
Crises et renouveau
La longue période de prospérité est suivie par des années sombres, marquées, notamment, par la crise du phylloxéra et du mildiou entre 1879 et 1887. C’est la fin de la dynastie Villeneuve-Durfort.
En 1892, Théophile-Jean Dubos reprend le domaine avec son épouse et leurs deux fils. Propriétaire passionné, mais aussi figure influente du négoce bordelais, il contribue à inscrire le cru dans le cercle des grands vins du Médoc.
À sa disparition, ses fils poursuivent l’aventure mais les crises et les guerres du XXᵉ siècle fragilisent le domaine : une grande partie du vignoble est arrachée et, après 1945, il ne reste qu’une vingtaine d’hectares cultivés.
Malgré ces épreuves, Pierre Dubos, vinificateur talentueux et personnalité respectée du monde viticole, maintient la réputation du château. Le classement de l’INAO en 1961 le cite parmi les premiers crus.
Après sa mort en 1962, ses filles Bernadette et Pia héritent du domaine. Leur époux, Henri Binaud et Bertrand Clauzel, assurent la gestion jusqu’à la fin des années 1970. En 1981, affaibli par la réduction de son vignoble, Cantemerle est cédé au Groupe SMA ouvrant un nouveau chapitre de son histoire !
Une renaissance
contemporaine
En 1981, le groupe SMABTP achète Cantemerle et lui redonne souffle et prestige. Les vignes sont replantées, les chais modernisés et le château restauré. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur près de 98 hectares et conjugue patrimoine, modernité et respect de la biodiversité, fidèle à son histoire séculaire.
Château Cantemerle raconte ainsi une épopée où se croisent seigneurs médiévaux, grandes familles bordelaises, visionnaires du XIXᵉ siècle et acteurs modernes du vin. Une histoire de résilience et de transmission enracinée dans la nature du Médoc et ouverte sur l’avenir.
Hommage à Caroline de Villeneuve,
une femme visionnaire et de caractère
Grâce à la ténacité de la Baronne Caroline de Villeneuve, alors âgée de 72 ans, Cantemerle est ajouté in extremis au classement officiel 1855. Caroline fut sans doute la seule à faire entendre sa voix avec succès dans un contexte où les femmes avaient peu de place dans le monde viticole.
Visionnaire, elle comprend l’importance de cette reconnaissance pour l’avenir du domaine. Trois ans plus tôt déjà, elle soutenait les premières expérimentations (réussies !) contre l’oïdium, menées par son régisseur Jean-Baptiste Fleuret (un procédé d’ailleurs toujours utilisé aujourd’hui).
Plus qu’un nom, Caroline de Villeneuve incarne l’esprit du lieu et la rénovation du château lui rend pleinement hommage. Inspirée par sa personnalité affirmée, elle préserve l’âme du bâtiment tout en lui offrant un souffle nouveau. Boiseries, teintes patinées et mobilier XVIIIe côtoient désormais des créations plus contemporaines et offrent par-là une atmosphère à la fois chaleureuse, singulière et résolument moderne.
Encore aujourd’hui, l’équipe de Cantemerle œuvre dans le respect des valeurs que cette grande dame a incarnées : pérennité, légitimité et fidélité à une vision d’excellence.